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Vienne (2018)
La cathédrale Saint Etienne
Le Stephansdom est, assurément, le monument le plus cher au cœur des Viennois. Ce n'est pas un hasard s'ils surnomment sa tour altière « Steffl – le petit Etienne », comme un enfant dont chacun se préoccuperait de la bonne santé, gage de la perpétuation de la ville au travers des remous de l'Histoire.
Enchâssée dans la ville
Lla cathédrale nous apparaît-elle dans l'espace médiéval qui était le sien aux XIVe et XVe siècles. Ici, nous pouvons encore ressentir l'étroite osmose, tant géographique que spirituelle, qui unissait jadis une ville et son église-cathédrale. La flèche sud, merveille de guipures ajourées portant haut dans le ciel ses festons de pierre, est l'axe de Vienne. A maintes reprises, Saint-Etienne fut aussi au cœur de l'histoire autrichienne. Ainsi en fut-il à l'occasion du mariage des petits-enfants de l'empereur Maximilien Ier et des enfants de Ladislas Jagellon, roi de Hongrie et de Bohême. Ces doubles noces de Charles Quint et de son frère cadet Ferdinand furent lourdes de conséquences pour la puissance des Habsbourg. C'est également là que, le 4 août 1782, Mozart épousa Constance Weber en ressentant alors « l'immense bonheur » qu'il évoquera plus tard. Pouvait-il se douter que, moins de dix ans après, sa dépouille serait descendue dans la crypte pour une brève absoute, avant d'être emportée vers le carré des indigents du cimetière Saint-Marc ? En 1916, les obsèques grandioses du vieux François-Joseph semblaient, elles, annoncer le proche écroulement de l'empire austro-hongrois...
Une halle sombre et majestueuse
La cathédrale constitue un exemple remarquable « d'église-halle », à plusieurs nefs d'égale hauteur, solution architecturale fort appréciée dans le monde germanique. Il résulte de ce parti-pris architectural une belle ordonnance gothique, vaste et équilibrée. Il règne ici comme un air de mystère, irréel et difficilement saisissable. Cette impression, c'est l'intérieur lui-même qui la fait naître, par l'obscurité qui règne dans le haut de la nef centrale, démunie de fenêtres, par les figures de saints groupés sans logique mais avec goût devant les corps des piliers, par les réseaux compliqués des arêtes des voûtes, par toute la lumière enfin, doucement atténuée.
De la chaire au tombeau
La nef est le domaine d'Anton Pilgram, auteur de la remarquable chaire, taillée – prodigieuse prouesse – dans un seul bloc de pierre. Dans les panneaux de sa balustrade, les quatre Pères de l'Eglise occidentale, grandeur nature, s'appuient sur les livres qu'ils viennent de fermer, fatigués d'avoir médité et écrit. Des visages, de facture réaliste, presque caricaturale dans le cas de saint Jérôme, émane une émotion profonde et tenace.
Au moment de quitter l'église, nous serons une dernière fois impressionnés par l'harmonie qui se dégage de l'imposante nef, du toit multicolore de tuiles vernissées, de tout cet édifice qui s'élance vers le ciel comme pour nous en montrer le chemin.
(d'après une fiche Clio)
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